vendredi 14 août 2020

Métaphysique du genou entorsé

Métaphysique du genou entorsé

Pour Thieng Nguyen

Prologue

L’eau polluée de mille poussières d’humanité lardée coule lentement sur la patella qui se réveille alors
Et ses mille douleurs avec
-       Et son instabilité s’installera dans le quotidien animé du corps

Chaque jour existe grâce à un grand sac d’incompréhensions qui se transformeront en mystères pour peu que la carcasse et l’esprit qui la traverse soient créatifs.

Il n’y a pas à la blessure d’origine plus incertaine que la grande création dans laquelle chaque corps aimerait se noyer
La création est cet état de confiance de l’esprit envers le corps même tracassé, boursouflé, entorsé, agité de secousses qui rappellent les prémisses de toute existence

Il n’y a pas au corps d’origine plus splendide que la blessure créatrice
Parce que d’une blessure jaillissent mille possibilités, fragments de nous-mêmes conscientisés enfin

ET

sur la scène déjà épuisée de mille corps

tout s’écrase et tout se jette et tout tombe et tout jaillit et tout se relève et tout progresse et tout se frotte et tout se brûle et tout se crée maladroitement


--------------------------alors

Il faut que,

S’écrase encore -----
La peur sous le poids de nos pieds nus
    Sous le poids de nos genoux créatifs


Sur la scène instable et sous le toisage des regards enfin silencieux
La scène définitivement imparfaite et perfectible

Le corps est à porter avec ses mille douleurs

c’est ce qui rend la vie créative

Les os craquent sous le poids de la scène
Retournée prête à s’effondrer sur le corps et ses 1000douleurs
Le genou crie, lance son appel à l’aide – dans un dernier mouvement il retient /

    /son souffle ou ce qu’il en reste,
avec sa spiritualité recharnée, son mouvement ontologique blessé

Il mesure avec sa surface osseuse circulaire
    La taille de la Terre
Qui craque elle aussi sous le poids d’une scène cosmique redoutable immense irrépressible


Le genou dans sa solitude
    Qu’il partageait avant avec son amie la scène

S’écrase encore contre le tapis de danse autrefois si lisse.
Il se souvient encore de leur rencontre, si stressée et perturbée, mais magnifique à force de chutes et de morceaux dispersés d’existence
La scène prête à accueillir la blessure et sa sensibilité
Elle qui se souvient de l’enfance du genou, si pur, si imparfait déjà


Le genou et sa musique corporelle libérée
Le genou marqué par la scène-vie

La membrane du genou
    Se désagrège
             Sous le poids de
L’indicible

- - -


Maintenant le genou émotionnel a pris son indépendance et se personnifie, il entame un monologue dansé sur scène, chancelle et vibre de mille tourments splendides, critique vertement la décadence du public impassible, qui a trop fait saigner ses yeux sur quelques réseaux et leur insociabilité prononcée, ce public qui ne touche plus à ses os, pourtant révélateurs de leurs êtres et, par là, de leurs vies abîmées parfois foutues, ou qui ne touche plus les os qu’avec des gants de soie, et non plus avec le sang mêlé à la sueur, la seule qui a réussi à personnifier l’abstraction de nos corps, le public qui oublie le corps chargé de ses 1000blessures, et ses ressentis, ses spontanéités

Le corps et ses craquements       le son de la circulation de son sang


Le genou décharné et famélique s’enferme alors dans une chambre anéchoïde
Et s’écoute de longues heures



Puis
Intervient un hyper-pansement
Le danseur écrit, au stylo, sur le genou :
« que le corps se jette encore dans sa guérison »

et l’hyper-pansement veut bien le couvrir, lui qui est si solennel d’habitude
se répand ici avec humilité




 



















IL DEVIENT ALORS LE



GENOU EXPÉRIMENTAL

ici

ABSTRACT KNEE

maintenant



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